Près de trente ans après leur apparition, les musiques que l’on a coutume de regrouper sous la bannière dite électronique en sont toujours à errer dans l’immensité de l’underground.com. Un paradoxe qui n’est pas des moindre, dans un environnement voué tout entier aux ultimes avancées technologiques en date et ce, alors que les conséquences de leurs applications dans le monde du disque sont au centre de tous les débats, à l’heure où le téléchargement (légal ou non) bat son plein…
Technology : friend or enemy ? (La technologie : amie ou ennemie ?)… Une question dont l’énoncé, porté en page d’accueil du site du MIDEM en janvier 2004 est on ne peut plus symptomatique d’une société — la nôtre — dont l’évolution s’est accomplie au gré de transformations successives, laissant apparaître de nouvelles formes de pensées quand d’autres disparaissaient dans le même temps. C’est dire si, à l’aube de ce qui est sans doute la plus grande mutation de son histoire, l’industrie du disque n’a d’autres choix que de réinventer son mode de fonctionnement — et nous, nos mentalités par la même occasion — sous peine d’assister, impuissants, à la chronique d’une mort prématurée. Y sommes-nous seulement prêts ? C’est là toute la raison d’être de l’édition de cet état des lieux du monde électronique, dont nous vous proposons aujourd’hui la première partie…
ELECTRO QUAES AQUO ?
Nous sommes en (novembre) 2005 ap. JC. La Gaule est envahie de légions hostiles à l’électronique. Toute la Gaule ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles résiste face à la profusion d’idées préconçues en la matière… Ce en quoi certains ont vu l’émergence d’une “nation“ à ses débuts (la fameuse “house nation“) et qui, depuis, n’est plus qu’un conglomérat hétéroclite d’individualités éparpillées ça et là au gré de près de vingt ans de galères et d’incompréhensions successives…
Autant préciser qu’il ne fait pas particulièrement bon être un “électron libre“ dans une société qui, plutôt que d’affirmer ses différences avec les risques qu’elle y entrevoit, sombre un peu plus chaque jour dans un conformisme bon teint en s’adonnant par là même à la fameuse pensée dite unique. C’est dire si, dans un pays ô combien suiviste comme la France, la défense d’une certaine forme d’alternative relève quasiment du défi, quand ce n’est pas carrément “Mission Impossible“ ! Pourtant, la vie n’est rien moins que ce que l’on veut bien qu’elle soit. Aussi, et si tant est qu’elle ne soit pas nécessairement à notre goût, avons-nous n’en prendre qu’à nous-mêmes en tentant de savoir de quoi nous nous sommes rendus complices — implicitement ou par omission — plutôt que de passer notre temps à rejeter la responsabilité de la situation sur le voisin…
J’ai encore en mémoire ces propos de mon facteur qui, après m’avoir distribué nombre de colis, s’est hasardé au bout de quelques mois à me demander ce que je faisais. Je lui ai alors dit travailler dans l’univers de la musique électronique. “Ah, de la techno !“, m’a-t-il répondu tout de go, illustrant là une confusion des plus répandue face au dit sujet. Je lui ai alors offert une de mes compilations avant qu’il ne revienne le lendemain me faire part de ses impressions… “C’est ça, les musiques électroniques ?“, m’a-t-il demandé, visiblement enthousiasmé par le fait d’y avoir trouvé des influences jazz et funk. “C’est aussi cela“, lui ai-je répondu, ravi d’avoir vu en lui quelqu’un de visiblement ouvert, avant d’en convertir d’autres dans des conditions similaires…
Plus d’un siècle après la découverte de l’électricité et près de soixante-dix ans depuis les premières expérimentations de l’électronique appliquées à la musique, ledit grand public n’a à ce jour qu’une vision des plus furtive quant au sujet. Preuve manifeste, s’il en est, de l’étendue du parcours qu’il reste à accomplir avant que ne soient balayées les idées les plus folles qui circulent dans le domaine. Idées le plus clair du temps assorties de préjugés défavorables qui ne sont rien d’autre que ces manifestations habituelles de peur face au réputé inconnu. Une situation qui, paradoxalement, n’a guère changé depuis la systématisation du recours à la technologie intervenue, il y a plus de vingt ans sur les fonds baptismaux du disco, en dépit de l’intensification des sources d’information et de l’évolution sans précédent des moyens de communication…
“BALL OF CONFUSION“ (The Temptations)
Electro(nique), quaes aquo ? Si la richesse incontestable de la scène dite électronique résulte de ce que chacun s’y trouve libre d’en donner sa définition, c’est aussi et sans doute là où le bât blesse le plus, amenant le public à ne pas/plus savoir de quoi il en retourne finalement. La faute à qui ? À tous, en même temps qu’à chacun d’entre nous pour autant de raisons diverses que variées…
électronique adj. et n.f. ~1903 1 Propre ou relatif à l’électron. Faisceau électronique. 2 n.f. Partie de la physique qui étudie la production des électrons, leur comportement dans le vide, les gaz, les semi-conducteurs, etc. et les applications techniques de ces phénomènes. 3 Qui appartient à l’électronique, fonction suivant les lois de l’électronique. Microscope, télescope électronique. Jeux électroniques. Musique électronique faite au moyen d’appareils électroniques. Annuaire électronique… (Le Robert Quotidien)
“Il y a trois cent soixante-cinq sortes de fromages différents en France“, se plaisait à dire le Général De Gaulle en son époque. “Ce qui induit à supposer qu’il y ait au moins autant de formes de pensées correspondantes…“ Un constat tout autant d’actualité s’agissant du spectre électronique où chacun croit bon y aller de son grain de sel indispensable, au gré de l’intérêt qu’il y porte, de sa propre culture (ou inculture) et, par conséquent, des infos (ou ouï-dire) qu’il a reçues à ce sujet.
De fait, les musiques électroniques dans leur ensemble suscitent-elles les réactions les plus diverses. Depuis l’indifférence pure et simple en raison d’idées par trop souvent reçues, jusqu’à l’incompréhension, du fait de la profusion d’infos le plus clair du temps contradictoires… Quand ce n’est pas une aversion de rigueur liée à une peur viscérale du modernisme face auquel l’individu réagit, tantôt en se réfugiant dans ce que l’écrivain sociologue, Serge Lipowetski appelle le “cocooning régressif“, tantôt en contribuant à ces mouvements de manipulation habituels aboutissant aux amalgames les plus divers du genre : Électro = techno = raves = drogues, etc. j’en passe et des meilleurs…
Et l’histoire de se répéter à l’envi depuis l’aube des temps, avec ces manifestations de résistance quasi systématique face à toute idée nouvelle par définition perçue comme susceptible de constituer une menace face à l’ordre établi du moment. Qu’il s’agisse du massacre des Chrétiens à l’époque de l’Empire Romain, de l’Inquisition au Moyen-Âge, de l’obscurantisme nazi, du Nihilisme hérité de la révolution culturelle chinoise, de mai 68. Voire, plus prosaïquement, de remettre en cause une situation réputée établie (méthode de travail, acquis sociaux, mode de pensée, façon de vivre, etc). Sans parler, plus près de nous, de toutes ces manifestations de répression qui ont régulièrement salué l’arrivée de musiques dites contestataires…
“EVERYTHING COMES INTO CIRCLES…“ (The Stylistics)
La vie est ainsi faite qu’elle découle d’une succession de cercles concentriques, tiraillée qu’elle est entre des phases à l’exact opposé l’une de l’autre, à l’image du jour et de la nuit, du has et du bas, du plus et du moins. En d’autres termes de ce yin et de son indispensable complément — le yang — sans qu’il elle ne serait pas. Et il en va ainsi de tout ce qui en fait partie, qu’il s’agisse d’histoire, d’économie comme de modes au nombre desquelles la musique…
Un jour, tu es en haut ; le lendemain, tu es en bas, se plaît à dire Norman Jay avec la sagesse de ceux qui ont vécu. Ce n’est pas parce que tu as changé toi-même, quand bien même tu évolues au fil du temps, mais plutôt parce que le public est en mutation constante, avec l’arrivée de nouvelles générations auprès de qui il faut se faire connaître… Une redondance qui, finalement, relève du propre même de l’existence, nous voyant les uns et les autres vivre, fût-ce à des degrés divers, ce que les générations précédentes ont vécu avant nous, à âge identique, et qui tend à faire dire combien l’histoire se répète…
L’électronique, incomprise, voire rejetée, n’est autre qu’une énième réaction de refus face à ce qui est nouveau et donc faisant peur, parce qu’inconnu. Que n’a-t-on ainsi pointé du doigt ce qui, dans les mémoires, reste comme ayant été la “belle époque“ dans les années 20/30 avec ses modes d’expression jugés décadents par la société dite bien pensante du moment ! Et le même genre de réaction de saluer ce qu’on a appelé le mouvement arts déco quelques années auparavant, voyant ces architectes ayant osé le mélange des matières, au nombre desquels Gustave Eiffel, vilipendés par la corporation… Et si le fameux swing (ce qu’on appelle encore le bop) de Glenn Miller (prolongé dans la décennie suivante par les travaux de Ray Conniff) enflamme les dancings de la planète au milieu des années 40, il ne le devra qu’au fait d’avoir été assimilé à la musique des libérateurs américains face à l’occupation nazie. C’est d’ailleurs dans l’époque qui suit (jusqu’au milieu des années 60) que la France prend en quelque sorte la main — ce sera d’ailleurs la seule et unique fois en la matière — avec le fameux Saint-Germain des Boris Vian, Jean Cocteau et autre Juliette Greco, alors que l’Amérique s’enflamme aux sons du rock’n’roll et que l’Angleterre découvre la Beatlesmania…
La seconde moitié des années 60 (et l’intensification des bombardements au VietNam) ouvre alors une nouvelle ère s’agissant des musiques dites modernes en voyant ses acteurs impliqués dans les grands mouvements contestataires de l’époque. Depuis Woodstock et les Bob Dylan, Joan Beaz et Jimi Hendrix jusqu’aux Rolling Stones en passant par les Doors et Led Zeppelin. 
C’est ainsi que les nouvelles formes d’expression contemporaine prennent une connotation à la forte identité tribale entraînant leurs cohortes de préjugés dans leurs sillages. Le disco (la house plus tard) se voit très tôt assimilé à la musique des gays. Le hip hop, festif au début, sert de terrain d’expression aux diverses revendications d’une population noire américaine en quête de reconnaissance et d’émancipation (afrocentrisme, islamisme, jusqu’au gangstérisme). Le calypso exprime le désir d’émancipation des Trinitéens. Le reggae, la colère des Jamaïcains (cf. “Stand Up For Your Rights“ de Bob Marley) face à la situation économique déplorable dans laquelle la Couronne Britannique laisse leur pays au lendemain de son indépendance. Même chose plus tard du punk qui embrase une jeunesse anglaise se sentant enfermée dans un système archaïque, donnant naissance au fameux do it yourself avant de trouver quelque écho à Detroit avec l’arrivée de la techno… De l’acid house symbolisant le mal être de bassins industriels (Manchester, Chicago) n’ayant pas su attraper à temps le train de la modernisation ; du new beat en Europe du Nord (l’A.B. en Belgique)…De la jungle répondant à sa manière à l’adoption du Criminal Justice Bill, etc, etc… Jusqu’à l’émergence des formes les plus extrêmes de la techno et leurs manifestations (les free parties), terreau des nombreuses remontrances d’une jeunesse désemparée face à une existence dont le sens lui échappe un peu plus chaque jour.
Dès lors, le système ira jusqu’à exercer toutes formes de pression (y compris la répression dans certains cas) avec nul autre but que celui de conserver au mieux ses prérogatives, au premier rang desquelles le Pouvoir…
“STAND UP FOR YOUR RIGHTS“ (Bob Marley)
Curieux de constater, alors que la musique a été et reste l’un des instruments majeurs de l’affirmation de l’appartenance à une société (un pays et, par extension, l’idée de nation) par hymnes interposés, combien la mémoire collective tend à n’en retenir que le côté ludique, dès lors qu’elle ne se sent pas concernée dans sa propre chair…
Diviser pour (mieux) régner… Le Pouvoir ne recule devant aucun subterfuge quand il s’agit de préserver ses prérogatives. Certains d’entre vous serez peut-être tentés de voir en ces propos la manifestation de quelque forme de paranoïa face à une présentation des faits aux allures de conspiration généralisée, et pourtant… Que dire de l’attitude des media face à ce qui pourrait être considéré comme une sérieuse remise en question de ce même Pouvoir qui, par finances interposées, assure leur pérennité ? C’est ainsi que, de Bob Marley, on préférera retenir “Could You Be Loved ?“ en lieu et place du non moins si ce n’est plus emblématique “Stand Up For Your Rights“, quitte à transformer le cours de l’histoire en en présentant une version édulcorée. Et l’exemple d’être choisi parmi une foultitude d’autres, du “Lucy In The Sky With Diamonds“ des Beatles et son message subliminal au mémorable “Fight The Power“ des Isley Brothers. Quand ce n’est pas avec la complicité tacite d’un certain nombre de ceux qui se réclament de l’underground. À l’image (pour n’en citer que l’exemple le plus manifeste) d’un Dimitri from Paris qui, en concoctant la tristement célèbre ‘Zoubida’ dénommé Lagaf’, aura donné une bien curieuse image d’une production, fut-elle underground, dont il tire paradoxalement ses subsides… Sans parler de tous ces pastiches et ersatz qui, du rock à la pop en passant par le disco, auront largement contribué à réduire la musique au rang d’art mineur si ce n’est de produit avec, bien évidemment, tout ce que cela suppose en matière de techniques de vente et de distribution. Et le constat de s’appliquer d’ailleurs à toute forme d’expression musicale, jusqu’à la chanson française, ainsi que s’en expliquait récemment Henri Salvador sur Europe1 : On ne chante plus, disait-il en substance. On applique des techniques, quitte à en oublier le sens des mots en concevant la musique non plus autour d’eux pour en accentuer la teneur, mais en ayant recours au processus inverse avec, de fait, un résultat en conséquence… À l’instar, pour ce qui nous intéresse ici, des travaux de ces nombreux DJ’s qui font ensuite appel à tel ou tel “artiste“ pour donner un semblant de côté lyrique à ce qu’ils appellent communément mais non sans une forme de réalisme cynique des tracks…
Panem et circenses (du pain et du cirque !), disait Jules César, empereur de Rome qui, en son époque, était déjà au fait des vertus de l’endormissement des masses pour mieux asseoir son autorité. Une situation qui, deux mille ans plus tard, n’a guère changé, voyant le petit écran faire office de maître de cérémonie absolu dans les foyers, fort d’un pouvoir de persuasion multiplié par mille, avec le soutien financier de ceux qui nous disent comment boire, manger, nous vêtir, nous transporter, que voir ou qu’écouter…
Dès lors, les techniques de communication de masse aidant, notre environnement s’est un peu plus aseptisé chaque jour, ressemblant à ces fameux jeux de poupées russes, qui veut que chacun en soit réduit à attendre les réactions de l’autre pour prendre à son tour une décision. C’est ainsi le programmateur télé qui attendra de voir ce que fait son homologue radio, lequel en fera autant par rapport à ceux (peut-on parler là de disc-jockeys ?) qui travaillent dans les clubs et vice-versa, avant de réagir… Quand ce n’est pas ce qui se passe à l’étranger qui motivera leur décision. Comme si ce qui est bon aux Etats-Unis ou en Angleterre devait systématiquement l’être sous nos latitudes… Et inversement d’ailleurs ! ! ! Ultime illustration des tentatives d’hégémonisme d’une pensée prête à tout pour régner sans partage, si l’on persiste, comme on le fait depuis bien trop longtemps, à ne rien lui opposer de réfléchi et viable en guise d’alternative…
“THE FEAR OF AN ELECTRONIC PLANET“ (inspired from Afrika Bambaataa)
The Fear Of An Electronic Planet… Autrement dit, la peur d’une planète électronique ! D’une intelligence dite artificielle susceptible de venir prendre un jour le pas sur celle de l’homme et le contrôler par la même occasion. Pour autant, est-il un seul d’entre nous qui soit prêt à un quelconque retour dans le temps et vivre ce que nos ancêtres ont vécu au Moyen-Âge ? À l’époque de la guerre du feu ? ? ? On n’arrête pas… le progrès !
La peur d’une planète électronique… Un thème qui n’a finalement rien de nouveau, pour avoir été évoqué à la parution des premières publications dites d’investigation. Mais où commence cette dernière finalement ? Question de relativité dans le temps qui a vu l’humanité se dresser régulièrement comme un seul homme à la seule évocation de l’inconnu. Qu’il s’agisse de ces astrophysiciens taxés d’hérésie à l’époque de l’Inquisition pour avoir prétendu que la terre était ronde, aux pionniers de la techno dont on persiste à prétendre encore aujourd’hui qu’ils ne sont pas musiciens… En passant par les Ambroise Paré qui a révolutionné la chirurgie, Leonardo Vinci qui a suggéré que l’homme trouverait un jour le moyen de voler dans les airs et autre Jules Verne qui le pressentait comme capable d’évoluer dans la profondeur des océans, voire Hergé expédiant son Tintin de Héros sur la lune avant l’heure. On sait ce qu’il est advenu de toutes ces (pré)visions depuis, n’en déplaise à tous ceux qui ont crié au scandale à l’époque et dont les descendants se déplacent aujourd’hui à bord de véhicules bourrés d’électronique, communiquent au moyen de téléphones cellulaires ou via Internet, quand ils n’ont pas la télévision par satellite !
Chaque invention a suscité son lot de réactions invariablement hostiles, en ce qu’elle remettait en cause un système établi, avec ses codes et surtout ceux qui pouvaient en profiter. Qu’il s’agisse de la découverte du feu, de la roue, de la poudre, de l’imprimerie, du moteur à explosion et de tout ce qui s’en est suivi depuis. L’homme, dans ce que sa mémoire veut bien avoir de sélectif, oubliant à chaque fois, les biens faits que ces avancées successives pouvaient apporter à son quotidien. Et il n’en est en définitive autrement de l’électronique et de tout ce qui s’y rapporte, en ce qu’elle sous tend la possible émergence d’une intelligence artificielle en qui beaucoup voient une menace potentielle d’asservissement de la race humaine, sans qu’elle aie jusqu’alors été clairement démontrée. On pense tour à tour à Matrix, à 2001, L’odyssée de l’espace, Mad Max, La planète des singes et autres scenarii catastrophes, quand la révolution technologique à laquelle on assiste depuis près d’un demi-siècle n’a eu pour autre conséquence (positive) que celle d’affranchir l’homme de tâches plus ou moins pénibles ou fastidieuses et lui permettre d’aller ainsi de l’avant. Question - et elle n’est pas des moindres, me direz-vous – d’application…
“IL Y A D’UN CÔTÉ LA BONNE MUSIQUE ET DE L’AUTRE…“ (Miles Davis)
Parce qu’il faut bien qu’existe le négatif pour que soit le positif (le yang en complément du yin) à l’image du chaud par opposition au froid, il s’est toujours dégagé la notion du bien par rapport à celle du mal dans l’échelle des évaluations de toute chose, de tout acte, ainsi qu’en atteste la fameuse citation de Miles Davis…
Il y a d’un côté la bonne musique et de l’autre, la mauvaise, répondait le regretté Miles Davis à qui voulait bien l’entendre. Et qu’importe qu’elle fût acoustique ou électronique, funk, jazz, soul, rock ou autre. Tout comme il y a d’un côté les musiciens et ceux qui font de la musique, sans que cela n’ait nécessairement à voir avec les instruments (les outils pour les esprits les plus critiques) qui président à sa conception… Tant et si bien qu’il y a des musiciens qui ne sauront jamais faire de la bonne musique quand d’autres qui ne seront peut-être jamais musiciens s’entendent en revanche très bien pour faire de la musique de qualité. Merci à la technologie qui, entre temps, est passée par là, permettant à nombre d’acteurs qui avaient des idées de les concrétiser. Ce que François K. appelle la démocratisation qui, à l’inverse et toujours d’après lui, a permis (et c’est là ou
le bât blesse) à nombre d’esprit médiocres de venir déposer leurs grains de sel, contribuant à la profusion de production que l’on connaît, en même temps qu’à l’établissement d’un nivellement par le bas incontestable dans la conception musicale. N’y voyez là aucune manifestation d’ostracisme, tant ce n’est pas le genre dont il est ici question, mais le façonnage… Tant il est vrai qu’il sera difficile pour celui qui n’en a pas la moindre notion de faire de la musique qui se tient. À moins, et ils l’admettent bien volontiers, d’avoir su s’entourer comme c’est le cas d’un 'Little' Louie Vega ou de Jazzanova !
Ainsi, vous l’aurez compris, l’habit ne fait pas plus ici le moine qu’ailleurs, même si strass et paillettes peuvent à l’occasion inciter à croire l’inverse. Près de trente ans que les musiques électroniques ont fait leur apparition dans notre environnement auditif et toujours pas de Stevie Wonder dans le genre aux dires d’un certain Jeff Mills. C’est dire si le spectre, bien qu’encore jeune au regard d’autres formes existantes, a un besoin urgent de têtes d’affiche susceptibles de rencontrer une adhésion massive ; en d’autres termes, de talents reconnus… À condition que le champ médiatique veuille bien daigner s’y intéresser, que le Pouvoir (les multinationales en l’occurrence) fasse ce qu’on est supposé attendre de lui - à savoir vivre avec son temps - et procéder au développement d’artistes contemporains, plutôt que de se repaître dans les mêmes formules éculées dans son obsession de retour immédiat sur investissement… MFSB